La transposition
Vous allez apprendre à transposer un fragment, par écrit puis à vue en changeant de clé, sans vous tromper dans les accidents.
Transposer, c'est exécuter ou transcrire un morceau dans un autre ton que celui où il est écrit. Le but est de placer dans une tonalité qui convient à une voix ou à un instrument un morceau écrit trop haut ou trop bas : un air pour soprano doit être abaissé pour un contralto ; écrit pour une basse, il doit être élevé pour un ténor.
Il y a deux moyens de transposer :
- en changeant la position des notes sur la portée, pour la transposition en écrivant ;
- en changeant la clé, pour la transposition en lisant, c'est-à-dire à vue.
1. Transposition en écrivant
Commençons par la plus facile. On place d'abord à la clé l'armure du nouveau ton, puis on copie chaque note à l'intervalle voulu, au-dessus ou au-dessous. En écrivant, on devra parfois modifier quelques altérations accidentelles : on a le temps de la réflexion.
Transposons-le d'abord un ton au-dessous : do majeur devient si♭ majeur, dont l'armure porte si♭ et mi♭. On copie toutes les notes un ton plus bas. Le fa# devient un mi, qui doit porter un bécarre, car l'armure en ferait un mi♭.
Puis un ton au-dessus : do majeur devient ré majeur, dont l'armure porte fa# et do#. Cette fois, le fa# devient un sol#.
2. Transposition en changeant de clé
Passons à la seconde méthode. Elle est plus difficile, car elle exige l'habitude de lire dans toutes les clés. Elle comporte trois opérations :
- on trouve la clé qui permet de lire dans le ton voulu ;
- on suppose à la clé l'armure du nouveau ton ;
- on repère d'avance les notes dont les altérations accidentelles devront être modifiées.
Première opération : la clé
On cherche la clé qui donne à la tonique du morceau écrit le nom de la tonique du morceau transposé. Pour transposer en la un fragment écrit en do, c'est-à-dire une tierce au-dessous, il faut la clé qui fait lire « la » là où est écrit do : c'est la clé d'ut 1re ligne. La clé indique alors le nom de la note, mais pas toujours sa hauteur exacte : l'octave se règle mentalement.
| Pour transposer un texte en clé de sol… | Lire en clé de |
|---|---|
| Seconde supérieure | ut 3e ligne |
| Seconde inférieure | ut 4e ligne |
| Tierce supérieure | fa 4e ligne ou sol 1re ligne |
| Tierce inférieure | ut 1re ligne |
| Quarte supérieure | ut 2e ligne |
| Quarte inférieure | fa 3e ligne |
| Quinte supérieure | fa 3e ligne |
| Quinte inférieure | ut 2e ligne |
| Sixte supérieure | ut 1re ligne |
| Sixte inférieure | fa 4e ligne ou sol 1re ligne |
| Septième supérieure | ut 4e ligne |
| Septième inférieure | ut 3e ligne |
Deuxième opération : l’armure supposée
Il suffit de placer mentalement, après la clé, l'armure du ton dans lequel on transpose. Dans l'exemple précédent, où l'on passe de do majeur à la majeur, on suppose 3 dièses à la clé.
Troisième opération : les accidents
Voici la véritable difficulté de la transposition, alors prenons notre temps. Deux règles précises l'aplanissent.
Attention : les noms à considérer sont ceux des notes telles qu'on les lit dans la nouvelle clé.
Application de la règle 1
Prenons un fragment en si♭ majeur, tiré d'un exemple de Bach que cite Danhauser, à transposer en sol majeur, une tierce au-dessous. On lit en clé d'ut 1re ligne avec 1 dièse supposé au lieu de 2 bémols. La différence est de 2 bémols en moins et 1 dièse en plus, soit 3 altérations ascendantes. Les accidents placés devant les trois premières notes de l'ordre des dièses, fa, do, sol, sont élevés d'un demi-ton.
Remarquez que, dans la version en sol, tous les accidents placés devant fa, do et sol sont interprétés un demi-ton plus haut que ce que la lecture brute en clé d'ut 1re ligne donnerait.
Application de la règle 2
Voici maintenant un fragment en sol majeur, tiré d'un exemple de Cherubini que cite Danhauser, à transposer en fa majeur, une seconde au-dessous. On lit en clé d'ut 4e ligne avec 1 bémol supposé au lieu de 1 dièse. La différence est de 1 dièse en moins et 1 bémol en plus, soit 2 altérations descendantes. Les accidents placés devant si et mi sont abaissés d'un demi-ton.
Les deux règles se corroborent : la seconde n'est que la proposition inverse de la première. Des causes exactement inverses produisent des effets exactement inverses.
Note (k) : la transposition au demi-ton chromatique
Pour transposer d'un demi-ton chromatique au-dessus ou au-dessous, on ne change pas de clé : on suppose seulement l'armure du nouveau ton. Pour jouer en ré♭ majeur un morceau en ré majeur, on remplace les 2 dièses par 5 bémols ; pour jouer en do# mineur un morceau en do mineur, on remplace les 3 bémols par 4 dièses.
Il y a toujours une différence de 7 altérations entre les deux armures. D'après la règle 1, si le nouveau ton a plus de dièses ou moins de bémols, toutes les altérations accidentelles s'exécutent un demi-ton chromatique au-dessus ; d'après la règle 2, dans le cas inverse, toutes s'exécutent un demi-ton au-dessous.
Les notes restent à la même place que sur l'original : seule la clé (et l'armure) change. La clé donne le bon nom ; l'octave réelle se règle ensuite.
- Nouvelle armure
- 1 bémol : si♭
- Accidents
- Règle 2 : 1 altération descendante de plus ; les accidents placés devant si se jouent un demi-ton chromatique plus bas.
Transposez par écrit, en sol majeur et en si♭ majeur, le fragment suivant écrit en do majeur.
Transposition à vue : vous devez lire en la majeur une mélodie écrite en do majeur en clé de sol. Quelle clé employez-vous, quelle armure supposez-vous, et que deviennent un fa# et un si♭ accidentels du texte ?
Vous avez maintenant tous les outils pour transposer, par écrit comme à vue. Prenez le temps de vérifier vos acquis avec les questions qui suivent.